Ressouvenance

Il existe en l’homme une capacité innée à s’étonner d’être au monde et à s’interroger sur le sens de sa vie. Cette capacité émane d’un foyer intérieur parfois difficile à cerner, mais parfois aussi tellement présent par son impérieuse demande de réponse, qu’il réveille au cœur des hommes la nostalgie d’une vie tout autre, comme un appel pressant à retrouver l’authenticité pressentie de soi.

Dans l’homme réside une souffrance radicale, qui ne provient pas d’un manque dû aux misères de la vie courante. Cet état peut frapper un homme au summum de sa plénitude ou de sa joie. Il peut aussi nous atteindre quand nous nous pensons parfaitement équilibrés.
Une grande partie de la vie humaine consiste à fuir cette situation. Pourquoi ne pouvons-nous pas l’affronter ? Est-ce un sentiment de honte ?
C’est que tout homme possède la nostalgie d’un état primordial parfait, d’une union avec lui-même et le divin, d’une splendeur indescriptible. De cet état, il ne reste qu’une re-souvenance.
Beaucoup considèrent leur état naturel comme une limite infranchissable, comme un destin, voire comme un châtiment. Très peu osent s’insurger contre cette condition.
Mais le gnostique n’aura de cesse que de reconquérir l’unité perdue. Il n’évacue le problème de sa dualitude humaine-divine, il ne confie pas à un Dieu extérieur à lui-même le soin de le résoudre.
En nous réside le germe, condensé et latent, de cet état primordial : la Rose du cœur. Quand l’influence de la Rose du cœur ne résonne plus comme une nostalgie, mais comme un puissant appel, quand l’homme naturel se met en chemin pour répondre à cet appel, quand il permet à la Rose du cœur de s’épanouir à nouveau dans le champ de vie d’une école spirituelle, alors il transfigure et voit la résurrection de l’homme céleste s’accomplir.