Le catharisme s’est épanoui dans un Languedoc médiéval animé d’un vaste désir de renouveau évangélique. Il enseignait la fraternité des âmes ( hommes ou femmes) en leur principe divin. Les cathares considéraient que l’Evangile de Jean, qu’il traduisirent en langue du pays, invitait à chacun, de son vivant, à s’engager dans un processus de recréation du corps de résurrection.

Le
catharisme s’inscrit dans le courant général de renouveau évangélique qui s’est déployé en Europe du 11ème au 13ème siècle. C’est principalement sur les voies de commerce avec la Bulgarie, foyer du bogomilisme, qu’il se répandit ( Flandre, Champagne, Rhénanie, Italie du Nord ) ; mais c’est surtout dans le midi de la France, favorisé par les conditions politiques et sociales, et sur le terreau d’un vaste désir de renouveau évangélique, qu’il s’épanouit pleinement, révélant de riches potentialités civilisatrices. Jamais, par exemple, la femme n’avait joui d’autant de reconnaissance et de liberté, puisque le
catharisme reposait sur l’idée de la fraternité des âmes en leur principe divin. La doctrine cathare développe un dualisme certes hérité des conceptions bogomiles, mais aussi greffé sur les vestiges d’une tradition visionnaire, nourrie par les apocryphes
gnostiques perdus, et transmise par des récits de veillées. Selon cette doctrine, le monde est imparfait, et le corps est une chaîne pour l’âme emprisonnée ( le germe divin ). Les Cathares se référaient à l’Evangile de Jean, qu’ils considéraient comme une invitation à s’engager, de leur vivant, dans un processus de révélation et de recréation d’un corps de Lumière ; ce corps de résurrection est symbolisé par le trône et la couronne qui attendent chaque « Parfait » dans le royaume céleste. Cette conception est attestée dans - l’Interrogatio Johannis -, petit ouvrage de « catéchèse cathare », originaire de Bulgarie. L’Eglise catholique supporta mal une concurrente qui se disait l’ekklésia ( commaunauté d’âme ) véritable. Elle attisa la convoitise des seigneurs du Nord sur les terres du Sud, acquises entièrement au
catharisme, et promit l’absolution aux croisés. Après une répression sanguinaire ( croisade des Albigeois ) commanditée par la papauté, organisée par l’Inquisition dominicaine, et armée par la couronne française ( qui provoqua la chute de Montségur en 1244 ), le
catharisme survécut encore près d’un siècle clandestinement, préparant ainsi ces révolutions culturelles et religieuses que furent la Renaissance italienne dans le Sud de l’Europe, et le protestantisme allemand au Nord.